Mnajdra, un exemple du mégalithisme Maltais

A prononcer « eem-nigh-dra », Mnajdra est un complexe de temple situé à Qrendi, sur la côte sud-ouest de l’île, en contre-bas et à 500 mètres seulement du complexe mégalithique Ħaġar Qim.

Très différent de l’hypogée souterraine d’Hal-Saflieni et de ses merveilles acoustiques, Mnajdra fait partie des très nombreux temples de surface à ciel ouvert éparpillé sur Malte et Gozo.

Plan_des_temples_de_Mnajdra

Plan des temples de Mnajdra

Ce complexe est composé de trois temples. Le premier, à droite sur l’image, est le plus vieux. Contrairement à ce qui est indiqué, c’est en réalité le temple C, à gauche, qui a été construit ensuite, et le temple B le plus récent.

Les temples A et B sont accessibles par une plateforme artificielle située à un mètre au dessus du niveau du temple C, accessible par 7 marches. Il ne reste aujourd’hui que très peu de reste de cette partie, et la majorité de ce que peuvent admirer les touristes sont des reconstructions de mains d’archéologues.

Ligne de seuil en minéraux

cop. Maggie Davison

Le temple C, cependant, est le plus riche, bien que lui aussi a subi l’épreuve du temps et a été aider par des restaurations modernes pour donner aux visiteurs un aperçu de ce qu’il pouvait être. Bien que tous les temples Maltais soient uniques, la grande majorité d’entre eux possèdent des caractéristiques communes. Outres cette tri-construction, que l’on a déjà vu avec les trois étages d’Hal-Salfieni, nous retrouvons par exemple les portes trilithes, et les dalles de calcaire corallien. L’entrée du temple C possède d’ailleurs une caractéristique intéressante à ce niveau. La dalle formant le seuil du portail d’entrée à été choisi tout spécialement, car elle affiche une veine de cristal de couleur violette la traversant de part en part. En ce qui me concerne, j’imagine facilement le symbole magique qu’était de poser cette dalle, et cette ligne de seuil en cristal, d’autant plus que le violet est une couleur souvent associée à la spiritualité.

Le portail inter-abside et "calendrier solaire" de Mnajdra

Le portail inter-abside et « calendrier solaire » de Mnajdra

Vu des points sur pilliers de Gobekli Tepe

Gobekli Tepe Photo Irmgard Wagner, Cop. DAI

Temple_solaire_Mnajdra

Illustration des rayons du soleil sur la configuration du temple de Mnajdra

Mais la particularité principale de ce temple est son alignement astronomique. Bien que cela soit suggérer comme étant un élément commun à de nombreux temple Maltais, le calendrier solaire de Mnajdra a été formellement attesté (Cox et Lomsdalen, 2010). Comme vous pouvez le voir sur l’illustration, les rayons du soleil viennent frapper ce que l’on appel les orthostates au lever du soleil des solstices d’hiver et d’été.Quant aux équinoxes d’automne et de printemps, les rayons traversent l’entrée principale, puis l’ouverture du portail inter-abside et vont directement éclairer l’autel principal niché au fond du temple. Ce type de construction, établi autour d’un alignement de ce type, peut être considéré soit comme un calendrier, car les bâtisseurs, au fur et à mesure de l’année, voyaient le soleil se déplacer et pouvait donc facilement garder un suivi des saison et du cycle solaire, mais aussi pour des buts rituels. Que le lever du soleil des équinoxes vienne frapper droit sur l’autel à une profonde signification spirituelle. Je préciserais aussi que les deux pierres éclairées aux solstices ont été particulièrement décoré de petit trou forés et alignés. Ce type de « décoration » restent un mystère dans leur signification, mais personnellement me rappellent les mêmes décorations que l’on peut observer sur le sommet des pilliers de Gobekli Tepe.

Vu de l'intérieur d'une abside

Vu de l’intérieur d’une abside

Pour terminer avec ce temple, je dois aussi mentionner l’abside de l’oracle. C’est là une autre caractéristique commune aux temples Maltais. Nous l’avions vu avec Hal-Saflieni, qui avait en plus la particularité d’avoir une niche reliée acoustiquement à l’entièreté du complexe. Ceci est évidemment impossible dans le contexte d’un temple à ciel ouvert. Cependant, l’abside de l’oracle, désigné par le petit 1 sur la première illustration, comprend dans la concavité de ses murs deux ouvertures estimées comme faisant partie du système oraculaire. Le premier donne sur un espace mitoyen avec le temple B, et inaccessible en temps normal (trou de l’oracle sur l’illustration) . Le deuxième donne sur une autre salle, appelée sur le plan « autel orné », par laquelle l’oracle pouvait accéder via un troisième trou bien plus large, de type porte avec trois petites marches. Cette salle était la seule ayant eu un toit en pierre, grâce à sa forme triangulaire, même s’il a été détruit après 1960. Le trou de l’oracle peut donc aussi, via sa connexion au temple voisin, avoir eu un rôle de communication.

Dernier temple de la visite, et aussi le dernier construit, le temple B. Bien qu’il soit bien moins « vivant » que le temple C que nous venons de voir, il en est pourtant son jumeau perfectionné. Façonné sur le même schéma, il n’offre pourtant pas le même alignement sud-est, et donc ne possède pas le même calendrier solaire.Pourtant, il a été considéré être conçu pour observer un alignement lunaire majeur à travers le côté nord  du portail d’entrée principal, ainsi que le lever du solstice d’hiver (Lomsdalen, 2013).

Une vue intéressante à été élaboré par Irene Friesen, soulevant la correspondance entre l’image donné par le plan de ces temples et leur ressemblance avec l’image de la déesse mère. Vu comme une religion paléolithique mettant l’accent sur un univers/société matriarcale, elle est sculptée comme une femme aux hanches et seins proéminents. Plus de 30 sculptures de ce type ont été retrouvé dans les temples Maltais, de la petite figurine aux statues monumentales. L’une d’elle a d’ailleurs été déterrée dans une abside du temple C. Et en regardant du ciel le schéma des temples, comme on le fait avec nos plans au sol, nous retrouvons ces formes dans les doubles paires d’absides. Regardez bien le plan du temple B, où la ressemblance est la plus frappante. La première paire d’abside forme les hanches, et la deuxième les seins, avec l’autel principal en lieu de tête, et la porte d’entrée à la place du sexe. Irene Friesen à élaborer cette théorie dans le contexte d’une étude de la cosmologie Maltaise, comparée avec celle d’Afrique du Nord, et dans laquelle elle arrive à la conclusion que la culture mégalithique de Malte était centrée sur la naissance et la fertilité et non pas sur la mort, comme l’avait suggéré plusieurs archéologues. Je trouve personnellement sa thèse intéressante, mais ne pousse pas ses éléments dans le même sens. Elle voit les figurines de « déesse mère », qu’elle n’appelle d’ailleurs pas ainsi, comme étant simplement utilisé dans un but pédagogique autour de la natalité. Elle n’énonce d’ailleurs nul part – bien qu’elle fasse le lien entre les formes des sculptures et la forme des temples, les conséquences symboliques avec les alignements astronomiques (pourtant le deuxième point de sa recherche). En faisant cela, nous voyons que les rayons du soleil entrent par le sexe de la déesse mère, et viennent frapper soient ses seins, soit sa tête, selon la période de l’année. Nous sommes, dans ce cadre là, dans une complète dynamique rituelle et spirituelle autour de la fertilité, et de l’énergie féminine créatrice.

Je conclurais cet article en soulignant donc une fois de plus la beauté et le mystère des temples de cette île. Contrairement à Hal-Saflieni, d’après moi le summum des réalisations de cette culture, ces nombreux temples ouvert sur le ciel me paraissent incomplets. Les imaginer à l’époque, évoluer dans ces constructions mégalithiques aux blocs de pierres de dizaines de tonnes, sans aucune protection des intempéries, me parait bancale. De nombreux archéologues ont soumis des thèses suggérant que ces temples avaient à une époque un toit, mais aucun élément n’a permis de les prouver. Je resterais donc perplexe face à ce « graffiti » retrouver à Mnajdra, dépeignant un temple recouvert d’un immense toit de pierre…

Sources : A voir le site megalithics.com, et leur imposante collection de photos et descriptions très détaillées du site.

L’étude comparée de Irene Friesen

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2 réponses à “Mnajdra, un exemple du mégalithisme Maltais

  1. Pingback: 21 décembre – Solstice d’hiver au temple mégalithique de Mnajdra | MALTE & LA VALETTE·

  2. Pingback: Solstice d’hiver – Temples mégalithiques de Mnajdra – 21 décembre | MALTE & LA VALETTE·

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