La cité de Caral, capitale de l’une des civilisations les plus vieilles au monde

Les refrains sont à peu près toujours les mêmes quand l’on parle des premières civilisations. L’on entend toujours les Sumériens, puis les Égyptiens. Parfois l’on mentionne la vallée de l’Indus, même si elle est considérée être arrivé un peu plus tard. Mais quand parle-t-on des civilisations amérindiennes? Sur le continent américain, l’on ne mentionne que ces civilisations aimées du grand public, les Mayas, les Aztèques, les Incas, pour lesquelles les dates attribuées sont relativement récentes. Pourtant, cela fait 15 ans qu’il est attesté d’une civilisation du même âge que ses célèbres consœurs.

En 1905 était découverte la cité de Caral, à 300kilomètres au nord de Lima, l’un des 18 sites de la Vallée de Supa, et la capitale de la civilisation Norte Chico (qui comprend de très nombreux sites à l’architecture monumentale). Il faudra tout de même attendre 1970 pour que ce qui était considéré comme des collines naturelles soient déblayées, et que l’on découvre en réalité des pyramides à degrés, puis 1990 que les 65 hectares de la ville soient entièrement mis au jour. Finalement, le coup de grâce arrivera en 2000 quand les datations au radiocarbones attestent un âge de 5 500 ans. Autrement dit, Caral s’est développé en même temps que les civilisations Égyptienne et Sumérienne. [Petit aparté, cela m’a toujours amusé de voir que toutes les civilisations majeures à travers le monde, sur des continents différents, se sont développées « au même moment », cette fameuse date charnière de 3000 avant J.C. D’un coup, à travers le monde, au même moment, des tribus et villages ont soudainement développés des villes, des systèmes socio-politiques, hiérarchisés, organisés, avec des techniques impressionnantes dans une multitude de domaines. D’un coup, après des siècles de piétinement, fleurisse de rien et partout en même temps des systèmes d’écritures, mathématiques, urbains, passant de huttes et fragiles maisons à des constructions mégalithiques aux techniques encore difficiles à appréhender.]

Et comme ses consœurs cross-atlantique, Caral dispose des certaines caractéristiques similaires. Voyons cela en détail.

cité de Caral vue du ciel © Christopher Kleihege - Unesco

© Christopher Kleihege – Unesco

Le centre de la ville est constitué d’une large place publique entourée de six pyramides, dont la plus grande mesure 18 mètres de haut pour 150m² à la base. Elle-même abrite plusieurs pièces, un atrium et un autel. En plus des structures pyramidales, l’on trouve des résidences (dont la construction est considéré comme résistante aux tremblements de terre) d’élites , d’ouvriers et d’habitants, constituées d’escaliers, de jardins et diverses chambres. La ville est aussi strié de petits canaux souterrains permettant de canaliser le vent afin de permettre à certains foyers de brûler en continue ( des dizaines d’endroits et de civilisations à travers le monde « vénéraient » – et encore aujourd’hui – des flammes éternelles, le feu divin).  L’absence de murs défensifs, de traces de blessures sur les ossements ou simplement d’armes suggèrent que cette civilisation connaissait une paix prospère, dont les principales activités, autres que culturelles, nourricières et religieuses, était l’étude astronomique. Le monolithe « Huanca » vient en témoigner. Haut de ses 2.15 mètres et disposé au nord exact de la pyramide du même nom, il est considéré avoir eu un rôle de gardien du temps, mesurant les jours et les années. L’angle qu’il forme marque effectivement les solstices d’hivers et d’été.

La ville abrite aussi plusieurs places creuses et amphithéâtres pouvant accueillir plusieurs centaines de personnes.

Cité de Caral vue du ciel © Christopher Kleihege

© Christopher Kleihege

Il est estimé à 3 000 le nombres d’habitant ayant peuplé cette impressionnante cité.

Pour reprendre les mots de l’Unesco : « La cité sacré de Caral-Supe reflète la naissance de la civilisation en Amérique. En tant qu’état socio-politique entièrement développé, elle est remarque pour sa complexité et son impact sur les sites de la vallée de Supe et plus loin encore. Le design de l’architecture et des composants spatiales sont hautement maitrisés, et les monticules de plate-forme circulaires ainsi que ses cours circulaires encastrés sont des expressions puissantes et influentes d’un État consolidé« .

Effectivement, les habitants de Caral semblent avoir commercé avec des peuples habitant jusqu’à des centaines de kilomètres aux alentours.

Quipu

Quipu

L’on peut reprocher plusieurs choses au développement de cette civilisation, comme l’absence d’écriture, de céramique ou d’art spécifique, mais cela ne représente pas non plus une absence de grandeur. En plus de son architecture monumentale (pyramides, temples, zones résidentiels etc), cette civilisation connaissait l’agriculture, le textile, disposait de réserves d’eau, d’un système d’irrigation développé et d’un système de calcul et d’enregistrement appelé le quipu.

Cette outil fait de corde de laine ou de poil de lama ou d’alpaca avait de multiples usages. Collecter des données, calculer les taxes, garder traces de diverses informations, calendaire ou militaire, etc. Connu de civilisations plus récentes, jamais il n’en avait été découvert datant d’avant 650 après J.C. En avoir découvert un à Caral montre donc à quel point l’on ne peut se fier aux découvertes fortuites d’objets aussi fragile pour mesurer l’avancement d’une civilisation, car cette découverte exceptionnelle repousse donc la connaissance mathématique de base décimale des peuples amérindiens de 3600 ans ! Voilà qui n’est pas rien !

flûtes en os trouvées à Caral

Flûte en os

En ce qui concerne l’art, une autre découverte majeure est celle de 32 flûtes faites d’os d’oiseau (condor et pélican), ornées de diverses figures animales ou anthropomorphes.

D’après moi, l’absence d’art plus étendu est plutôt la démonstration d’une croyance rejetant la représentation, tant l’on a d’exemple d’art figuratif datant de dizaines de milliers d’années de part le monde. L’art est la première expression de l’homme, et le fait d’en retrouver si peu à Caral est donc soit le fait d’une absence de conservation ou d’une volonté propre à cette civilisation. Cependant, il y a été découvert un reste de gourde, sur lequel a été gravé l’image d’un étrange personnage tenant deux bâtons, et aussi connu (simplement) comme le dieu aux bâtons. Cette image n’est pas totalement nouvelle car elle aussi est connue des civilisations Wari et Tiwanaku. Vous l’avez probablement déjà vu sur les photos de « la porte du soleil » de Tihuanaco.

Dieu aux bâtons trouvé à Caral

Dieu aux bâtons trouvé à Caral. Credit: Jill Seaguard

Le dieux aux bâtons à Tihuanaco

Le dieux aux bâtons à Tihuanaco

Comme certaines cités Maya, Caral a été brusquement abandonné, et bien que plusieurs théories classiques (climatiques principalement) aient été évoqué, rien ne permet de savoir pourquoi.

Il n’en reste pas moins un magnifique témoignage d’une civilisation hautement développée sur laquelle nous avons encore beaucoup à apprendre, l’une des leçons les plus importantes étant de ne jamais se faire d’idée trop fixe sur le passé, et de ne jamais prendre les découvertes actuelles comme des visions immuables, car l’on en redécouvre tous les jours, et qui sait ce qui se cache encore sous les sables du temps.

sources : Ancient-origins 1 & 2 ( contient tous les liens nécessaires)

Perspective de professionnels :

En novembre 2015, l’Union International des Architectes s’est retrouvé à Caral et a signé une lettre (simplement baptisé la Lettre de Caral), attestant que cette ancienne cité était un exemple parfait de planification urbaine durable et d’harmonie avec la nature. Cette lettre, signé par un groupe d’architecte représentant 124 nations, sera présenté à la COP21 qui se tiendra à Paris, dans le but de la recherche de solution concernant l’émission de gaz à effets de serre. « Nous nous tournons vers les anciennes civilisations, vieille de 5 000 ans, pensant à leur engagement envers la nature et leur vision cosmique« , explique Jose Arispe, l’un des architectes Péruvien et conseiller de l’Union International des Architectes. Jose se dit stupéfait de l’ingénierie derrière les canaux de Caral utilisés pour faire brûler leurs feux cérémoniels. Le système repose sur ce qu’un physicien appellerait aujourd’hui l’effet Venturi. « Nous redécouvrons le travail des architectes et ingénieurs de ce temps perdu, quand ils n’avaient aucun instrument comme le niveau ou la ligne de plomb. C’est de la haute ingénierie« , dit-il. La construction de cette cité, en pleine zone sismique, démontre aussi un système de fondations flexibles appelé « shicras », qui ressemble  à de large panier remplis de pierre, technique permettant de minimiser les dégâts d’un tremblement de terre. Leur éco-développement les a aussi poussé à construire leur ville sur un terrain aride (quitte à se retrouver en zone sismique et à devoir faire preuve d’ingéniosité pour s’y adapter), afin de conserver les zones fertiles pour l’agriculture. Tout les indices archéologiques indiquent que cette civilisation avait atteint la splendeur et le prestige, ayant donné naissance à une culture s’étant répandue sur tout le continent, et tel est le message que veux faire passer l’Union des Architectes : « Nous pouvons vivre en harmonie avec la nature pour protéger la planète et avoir des relations respectueuse et pacifique avec les autres cultures« .

Phys.org : Peru’s ancient city Caral inspires modern architects, 11 novembre 2015

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