Le site Inca de Moray, ancien centre de recherche agronomique

Aujourd’hui nous avons le CIRAD ou l’INRA, les Incas eux avaient Moray.

La civilisation Inca, aux vues des datations sur lesquelles s’accordent nos livres d’histoire, peut difficilement être considéré comme une « ancienne civilisation ». Pourtant, tout dans sa culture, son histoire, son évolution et ses réalisations, nous la font voir comme telle. Mais que savez-vous des Incas ? Le Machu Picchu, certes l’un des sites les plus impressionnant au monde, attire chaque année des milliers de touristes, qui malheureusement ne s’arrêtent pas et ont même rarement conscience de ce qui se trouve non loin de là.

Le site de Moray, au Pérou, est situé à 3 500 mètres d’altitude dans la vallée sacrée, au nord ouest de Cuzco. Découvert au début du 20ième siècle, il est assez méconnu, malgré son importance.

libre de droit -https://www.flickr.com/photos/kennethmoore/5674422756

Vue des terrasses de Moray

Comme vous le voyez sur la photo ci-contre, le site ressemble à une sorte d’énorme amphithéâtre grec. L’on en est pourtant bien loin. Depuis 1932, les archéologues s’accordent à dire qu’il s’agit là d’un centre de recherche agronomique, où les « chercheurs » Incas, à la fois prêtres et scientifiques (comme quoi la science et la spiritualité/religion peuvent faire bon ménage), s’employaient à expérimenter différentes sortes de cultures pour l’ensemble du royaume.

Mais rentrons un peu dans le vif du sujet. Le site, dont les photos ne font pas justice à la taille réelle, a été fait de main d’homme en épousant les formes naturelles des montagnes, car comme pour le restes de leurs réalisations, les Incas s’efforçaient toujours de rester en harmonie avec leur environnement. L’ensemble du site est constitué de 3 complexes de terrasses, mais dont un seul a été restauré. Une vingtaine de terrasses s’enchaînent donc en cercles concentrique, ou ellipse pour les plus grands, sur une profondeur total de 150 mètres. Ce qui fait de Morey un centre de recherche est que les Incas ont construit ce site de façon à y reproduire 20 micro-climats différents, représentés par les vingt terrasses. Effectivement, il a été enregistré une différence de 15° (Celsius) entre la terrasse la plus basse et la terrasses la plus haute, ce qui correspond aux types de micro-climat reproduit aujourd’hui dans nos serres modernes. 15° est aussi la différence de température entre la côte maritime et des terres à 1 000m au dessus du niveau de la mer.

L’étude des pollens du site a indiqué que les sols de différentes région du royaume Incas avaient été importé à Moray, afin que chaque terrasse et le micro-climat qui y soit crée corresponde à une région spécifique pour laquelle des cultures seront testées. Des dizaines d’espèces ont ainsi été testées pour plusieurs sols et plusieurs climats, et certains archéologues considèrent même que les agriculteurs de Moray ont par la même occasion essayé d’acclimater certaines espèces exotiques. Ce site était donc incroyablement important car l’on y voit que le cœur du pouvoir Incas s’est efforcé de déterminer et de rentabiliser chaques cultures du royaume en élaborant un complexe centre de recherche agronomique, afin de savoir quoi disséminer à quel fermier.

La réalisation d’un tel site n’a donc pas dû être une mince affaire. Les terrasses, hautes d’environ deux mètres chacune, sont accessibles via des petits escaliers incrustés dans les murs. En amont du site a été construit un bassin retenant l’eau qui est distribué à chaque terrasse par un système de canaux creusés dans la pierre. La terrasse la plus basse, où finirait donc par s’accumuler d’énorme quantité d’eau, n’est pourtant jamais inondée, même quand y est conjugué de longues et importantes pluies. Deux théories s’affrontent donc. La première, une porosité naturelle de la pierre du site et donc une caractéristique dont aurait profité les Incas. La deuxième, pour laquelle les chercheurs penchent plus, est que les ingénieurs de l’époque avaient, préalablement à la construction des terrasses, creusés des drains d’évacuation souterrain. Effectivement, pour évacuer une telle quantité d’eau sans jamais inonder la dernière terrasse, seul un système artificiel et de grande qualité peut suffire.

Pour la différence de température, au cœur de la création d’un micro-climat, cela semble reposer sur l’épaisseur des murs et la tailles des terrasses. En journée, les murs, épais, absorbent la chaleur pour la diffuser doucement durant la nuit. Plus la terrasse sera longue, plus la chaleur sera diffusée. Et l’on constate que le point le plus chaud est au fond du site, au cœur de la plus petite terrasse, et que la température diminue à chaque terrasse.

Les Incas, comme nous aujourd’hui, donnaient donc beaucoup d’importance à la recherche. Le seul domaine pour lequel il est bien connu et attesté d’une recherche scientifique pour les anciens peuples, et les Incas n’en faisaient pas exception, est l’astronomie. Ce sujet, d’ailleurs, n’est pas inconnu sur le site de Moray. Comme je l’ai dit plus haut, ces recherches étaient probablement effectuées par des prêtres-scientifiques, à la fois religieux et chercheurs, astronomes et fermiers.  L’archéologue John Earls aurait rapporté avoir trouvé sur le site plusieurs pierres verticales, connues pour marquer les limites des ombres durant les équinoxes et solstices, qui étaient aussi très importantes pour les fermiers Incas. Certains agriculteurs d’aujourd’hui, fier de reprendre les méthodes ancestrales, savent l’importance et les liens que peuvent avoir l’agriculture et l’astronomie, que ce soit pour les plantations ou même l’arrosage.

L’existence et la complexité de ce site, délivrant une petite pièce de plus de la complexité de la mentalité et du système politique et scientifique Incas, explique aussi peut-être pourquoi aujourd’hui, 60% des cultures vivrières mondiales viennent du Pérou. Près de 150 variétés de Maïs et 3 000 variété de pomme de terre viennent de cette région du monde, sans que l’on sache exactement comment cela a été possible. Le site de Moray apporte surement un élément de réponse.

Sources : Moray: First Agricultural Experiment Station? (en anglais)

The mysterious Moray agricultural terraces of the Incas ( en anglais mais nombreuses photos )

Wikipédia de Moray (Pérou)

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