L’Homme aurait occupé l’Amérique il y a 130 000 ans

Il ne suffit parfois de pas grand chose pour anéantir des dizaines d’années de théorie. Le peuplement de l’Amérique est un sujet très sensible, régulièrement débattu.

Au fil des découvertes, les datations reculent, les théories sur les méthodes de migrations se multiplient, toujours sur un fond de crainte, d’une atmosphère subtile au relent d’égo scientifique. Il faut savoir que ce genre de sujet paléo-anthropologique tient entre ses mains une remise en question plus profonde que celle de la seule théorie du peuplement des Amériques. C’est par là tout le modèle de dispersion « Out of Africa« , lui-même encore plus balloté par d’incessantes réécritures, qui peut voler en éclat.

En 2007, une étude génétique et phénotypique de grande ampleur était venu trancher le débat des origines de l’homme, et avait conclu qu’il était à leurs yeux indéniable que les Hommes venaient tous d’Afrique Subsaharienne, d’où de multiple vagues de migrations s’étaient lancées il y a 150 000 ans.

La découverte du site de Clovis dans les années 30 était venu soulager la communauté scientifique en leur permettant d’affirmer, d’après la position géographique et les datations, que le premier peuplement de l’Amérique s’était fait il y a environ 13 000 ans lorsque les glaces ont fondu et libéré le détroit de Béring. Cela leur permettait d’intégrer très facilement une lente migration à travers l’Asie, et de poser de façon linéaire et crédible une avancée toujours plus profonde d’ancêtre chasseur cueilleur nomade découvrant le monde. La culture Clovis en tant que première colon est longtemps resté la théorie dominante. Puis des sites ont été daté de 17 000 ans, puis de 24 000, voir de 30 000 ans. Certains scientifiques s’opposent au modèle établi en considérant crédible des migrations vieilles de 100 000 ans, faites possiblement par voie maritime.

J’avais publié ici-même un recueil d’étude s’opposant au dogme dominant, et suggérant des théories de peuplement venu d’Europe par la mer il y a au moins 20 000 ans.

Vous réalisez à quel point une théorie est fragile. Car la notion même de théorie est devenu très subtile. Une nouvelle découverte est souvent communiquée et entendue comme la preuve de la nouvelle vérité, plutôt que comme une nouvelle pièce de puzzle.

L’on en arrive donc au mois d’avril 2017, quand des chercheurs ont publié dans la revue Nature les résultats d’une découverte faite il y a 30 ans. Lors de travaux le long d’une autoroute en Californie, ces archéologues sont tombés sur un amas d’ossement et de pierre lourde dont la disposition ne pouvait pas tenir de processus géologique. Les ossements était ceux d’un Mastodonte, et après analyse, ils affichaient des fractures significatives. Les traces n’avaient rien de naturelles, ni dans les traces classique laissées par les dents d’un prédateur, ni dans celles laissées par les processus géologiques naturels. Ces traces étaient effectivement très bien connu dans le milieu, car elles ont pu être observé un nombre incalculable de fois à travers le monde entier, sur tous les sites où des hommes ont utilisés des outils pour chasser et se nourrir. L’équipe a même refait de nombreuses expérimentation pour obtenir des traces de différentes façon, et seule l’utilisation des pierres du types trouvé disposé avec les ossements correspondait. Les chercheurs avaient donc là un site dont leur résultats montraient incontestablement la présence humaine. La datation à l’Uranium-thorium est venu conclure cette découverte avec un résultat qui allait tout bouleversé…130 000 ans. Les datations, confirmées, poussaient donc à reculer le peuplement de l’Amérique de 115 000 ans…

Évidemment le scepticisme et les débats ont repris de plus bel, mais les résultats publiés dans la prestigieuse revue ne peuvent être contestés. De nombreux chercheurs l’ont même loué en étant soulagé que le dogme tombait enfin, après trop de découvertes suggérant déjà des hypothèses identiques.

Seulement, aucun ossement humain a été trouvé sur ce site, et ainsi, aucune analyse ADN n’a pu venir éclaircir le mystère de qui était ces premiers hommes. Bien sûr, l’on ne peut tout remettre en question d’un coup. L’homo sapiens et sa sortie de l’Afrique il y a 100 000 ans ne va pas être revu aussi facilement, donc les chercheurs penchent pour l’instant à cousin éteint, comme l’Homme de Denisova en Europe.

Sources :

100 000 ans! Des os brisés peuvent-ils réécrire l’histoire du peuplement de l’Amérique ?, Science et Avenir, 2017

 

 

 

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